dimanche 19 décembre 2010

RWANDA : l’enquête Bruguière explose en plein vol

Après douze ans d’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais Habyarimana, les nouveaux juges « antiterroristes » français Nathalie Poux et Marc Trévidic ont levé les mandats d’arrêt internationaux qui avaient été lancés en 2006 contre des suspects rwandais par le juge Jean-Louis Bruguière. L’accusation marque le pas et pourrait aboutir à un non-lieu. Un coup de théâtre en perspective !

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Photo : L'épave du Falcon 50 de Juvénal Habyarimana en décembre 1995. Au premier plan, le président rwandais Pasteur Bizimungu.

Le mercredi 6 avril 1994 vers 20 h 30, le Falcon-Dassault du président rwandais Juvénal Habyarimana est touché par deux missiles alors qu’il s’apprête à atterrir à Kigali. L’avion explose et ses débris tombent sur la résidence présidentielle, située à proximité de l’aéroport. Tous les occupants sont tués, à commencer par le président du Rwanda, son collègue du Burundi Cyprien Ntaryamira et les trois membres français de l’équipage. Un épais mystère entoure l’attentat. Et depuis lors, deux thèses s’affrontent.
Un attentat des extrémistes hutu ?
Pour les uns, l’attentat a été commis à l’instigation des extrémistes hutu, qui ne veulent pas du partage du pouvoir et de la paix avec la rébellion majoritairement tutsi de Paul Kagame, paix à laquelle vient de se résigner le président du Rwanda. A l’appui de cette thèse, le fait que le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates commence quelques minutes après l'attentat, menés par la Garde présidentielle et le Bataillon de reconnaissance, bras armés des durs du régime. Soigneusement planifiée depuis des mois, l’extermination des Tutsi est menée avec méthode partout dans le pays. Elle fera environ un million de morts en cent jours.
Un attentat de la rébellion majoritairement tutsi ?
Thèse inverse : l’attentat aurait été commis par un commando de rebelles du Front patriotique, qui se serait introduit derrière les barrières des Forces armées rwandaises pour « aligner » l’avion. Selon les tenants de cette thèse, Paul Kagame aurait pris cyniquement le risque de voir les Tutsi du Rwanda exterminés, pour s’emparer plus facilement du pays. Et l’Armée patriotique aurait commencé à faire mouvement vers la capitale avant l’attentat.
La désignation du juge Bruguière
Peu après l’attentat, le mercenaire français et ancien « gendarme de l’Elysée » Paul Barril tente de déposer plainte en France au nom d’Agathe Habyarimana, la veuve du président assassiné, qui est sa cliente. Mais le Parquet refuse d’y donner suite. Il réitère en 1998 alors qu’une mission d’information parlementaire s’apprête à analyser le rôle de la France au Rwanda. Cette fois, l’avocate de Paul Barril a déposé une plainte au nom de la famille du co-pilote français. Le célèbre juge « antiterroriste » Jean-Louis Bruguière est désigné pour instruire la plainte concernant les victimes françaises de l’attentat. Et il acceptera ensuite que la famille du président Habyarimana, qui réside en France, se porte partie civile.
La « méthode Bruguière »
Convaincu que sa vie serait en danger s’il enquêtait au Rwanda, le juge refusera toujours de s’y rendre et négligera même d’ordonner une expertise balistique. Par contre, il entend longuement les chefs extrémistes hutu emprisonnés à Arusha dans l’attente de leur jugement par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) institué par l’ONU au lendemain du génocide. Ceux-ci pointent du doigt le mouvement rebelle. Le juge français accorde aussi une grande importance au témoignage d’anciens militaires de l’Armée patriotique qui s’accusent d’avoir participé à l’attentat. Très vite, la conviction du juge est faite : l’attentat ne peut avoir été commis que par le FPR de Paul Kagame. L’instruction se poursuivra dans cette seule direction, négligeant toute autre piste.
Une instruction chaotique

Des anomalies ont caractérisé l’instruction. Fabien Singaye, un ancien espion au service de la famille Habyarimana, par ailleurs gendre de Félicien Kabuga (recherché par le TPIR comme le supposé « financier du génocide » et toujours en fuite) est recruté par Bruguière comme interprète puis comme expert. Les « repentis » qui s’auto-accusent de l’attentat ne sont même pas mis en examen après leur audition. Plus tard ils reviennent spectaculairement sur leurs aveux. Le « juge antiterroriste » consulte des hommes politiques et des diplomates étrangers sur l’évolution de son dossier. L’instruction, menée uniquement à charge, « fuite » auprès de journalistes amis, etc.

Les mandats d’arrêt internationaux

Finalement, en novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière émet neuf mandats d’arrêt internationaux contre de hauts dignitaires de l’armée rwandaise et tente d’obtenir du procureur du Tribunal pénal international, Carla Del Ponte, des poursuites contre le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame (qui bénéficie en France de l’immunité). Il semble que le juge ait obtenu un « feu vert » de l’Elysée et du Premier ministre Dominique de Villepin, adeptes de la thèse du « double génocide » au Rwanda. Bruguière provoque la colère du gouvernement rwandais qui rompt ses relations diplomatiques avec la France.
Bruguière, militant politique
Selon un télégramme confidentiel de l’ambassadeur américain à Paris Craig Stapleton, - révélé récemment par Wikileaks -, le juge Bruguière lui avait confié « qu’il avait l’accord du président Chirac » et il n’avait « pas caché son désir personnel de voir le gouvernement Kagame isolé ». Dans ces conditions, « l’enquête Bruguière » est-elle encore une instruction judiciaire menée par un magistrat indépendant ou une opération politique complaisamment relayée judiciairement ? La question se pose avec acuité lorsqu’en 2007 le juge apporte un soutien public au candidat Nicolas Sarkozy et se présente lui-même aux élections législatives dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Les électeurs n’apprécient pas plus son arrogance que sa voiture blindée et ses gardes du corps dans cette circonscription réputée facile. Battu, Jean-Louis Bruguière ne peut décemment considérer sa mise en disponibilité comme une simple parenthèse, mais bien comme un point final à sa vie de juge d’instruction.
Le dossier repris par Marc Trévidic
Jusqu’alors, Jean-Louis Bruguière pouvait s’appuyer sur un magistrat adjoint, le juge Marc Trévidic. Ce dernier reprend la plupart des dossiers. Celui du Rwanda lui paraît simple : les 9 hauts gradés rwandais visés par les mandats d’arrêt ne se présentent pas à son cabinet. Le magistrat s’apprête donc à clore l’instruction et à renvoyer les suspects devant une cour d’assises qui, en leur absence, les condamnera automatiquement au maximum de la peine. C’est ce qu’il explique aux parties civiles et à leurs avocats au mois d’octobre 2008. Une telle issue empêchera définitivement les suspects de s’expliquer judiciairement, sauf à venir se constituer prisonniers en France, ce que personne n’envisage, à plus forte raison alors que les relations diplomatique sont rompues entre le Rwanda et la France.
Coup d’éclat : l’arrestation de Rose Kabuye
En novembre 2008, Rose Kabuye, l’élégante et charismatique chef du protocole du président du Rwanda, est arrêtée en Allemagne, en vertu d’un des mandats d’arrêt lancés par Bruguière, alors qu’elle prépare une visite de Paul Kagame. Si le régime rwandais organise de grandes manifestations de protestation, il ne s’oppose pas au transfert de Rose Kabuye vers la France. Et la confrontation avec Marc Trévidic se passe plutôt bien, d’autant que le juge des Libertés s'oppose à sa mise en détention provisoire. Bientôt, le juge lève le mandat d’arrêt la concernant et l’autorise même à des allers-et-retour entre Paris et Kigali, entre deux interrogatoires.
L’accès au dossier pour les accusés
Jusqu’alors, les Rwandais visés par l'ordonnance Bruguière n’ont pas eu accès au dossier d’instruction. La mise en examen de Rose Kabuye permet à ses deux avocats, le Français Lev Forster et le Belge Bernard Maingain, de s’y plonger. Ils ne tardent pas à en relever les errements. Il semble que les deux juges chargés du dossier, Marc Trévidic et Nathalie Poux, soient à leur tour surpris et leur intime conviction ébranlée par un certain nombre d’anomalies, en particulier l’absence d’expertise balistique. En septembre 2010, Marc Trévidic se rend au Rwanda avec des experts en balistique sur les lieux de l’attentat. Il a l’occasion d’interroger longuement Richard Mugenzi, l’espion-radio des FAR qui aurait « intercepté » le message de revendication de l’attentat par le FPR. L’homme révèle qu’il s’agit d’un montage grossier, que les enquêteurs du juge Bruguière, supposés expérimentés, se sont laissés abuser par une manipulation. En juin 2010, un nouvel interrogatoire d’Abdul Ruzibiza à Stockholm - peu avant sa mort - laisse transparaître que l’accusateur numéro 1 du FPR est un mythomane impénitent.
L’interrogatoire des autres suspects
Si Rose Kabuye a obtenu une simple « mise en examen » qui a levé son mandat d’arrêt, ce n’est pas le cas des autres suspects. Ils doivent préalablement être entendus par les juges français. Mais où ? Les juges refusent de les écouter au Rwanda. A l’étranger, ils seraient immédiatement arrêtés. Finalement, une solution est négociée entre les magistrats français, les avocats Bernard Maingain et Jean-Marie Mbarushimana, et le gouvernement du Burundi. Celui-ci s’engage à ne pas mettre les mandats d’arrêt à exécution, et à trouver un local sécurisé pour les interrogatoires. L’ambassade de France se charge de trouver des interprètes de qualité.
D’où sont partis les missiles ?
Sur les huit suspects « recherchés », deux manquent à l’appel : Éric Hakizimana, l’un des tireurs présumés, et le général Kayumba Nyamwasa. Le premier est introuvable. Le second, en délicatesse avec le gouvernement rwandais, a fui en Afrique du Sud. Les autres sont longuement interrogés par Marc Trévidic et Nathalie Poux, en particulier le général James Kabarebe, actuel ministre de la Défense du Rwanda. A l’issue de ces auditions, les juges prononcent leur mise en examen, qui permet de lever les six mandats d’arrêt internationaux. C’en est apparemment fini de la crispation judiciaire. On n’attend plus que les expertises balistiques. Si elles concluaient que les tirs de missiles ne sont pas partis de la vallée de Masaka mais du camp Kanombe, fief de la Garde présidentielle du président Habyarimana, on s’acheminerait sans doute vers un non-lieu général. Et les investigations prendraient la direction opposée.
Jean-François DUPAQUIER

jeudi 16 décembre 2010

Présidentielles: du vide au trop plein

Le général de Gaule avait coutume de dire qu’après lui, ou contre lui, «ce ne serait pas le vide, mais le trop plein…[»
A un an des élections présidentielles, prévues à la fin de 2011, le président Joseph Kabila qui compte se représenter pourrait reprendre la formule à son compte. En effet, plusieurs candidatures ont déjà été annoncées, la plus notoire étant celle de Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale, qui a lancé sa nouvelle formation politique, «l’Union pour la nation congolaise» consommant ainsi sa rupture avec le chef de l’Etat et avec la majorité présidentielle. A l’heure actuelle, dénonçant la corruption du régime en reprenant une formule lancée naguère par Karel De Gucht «le poisson pourrit par la tête»«M. Kamerhe dit s’inspirer du président brésilien Lula et flirte avec toutes les tendances de l’opposition il a rendu visite à Jean-Pierre Bemba à la Haye, a été vu au congrès de l’UDPS, le parti de Tshisekedi et mise sur la popularité acquise en 2006, lorsqu’il menait campagne pour Kabila à travers le pays, confirmant dans les quatre langues du Congo, de réelles qualités d’orateur. A l’avenir, l’élu de Bukavu misera aussi sur le fait qu’il s’est toujours déclaré hostile aux accords conclus début 2009 avec le Rwanda et qui avaient mené à des opérations militaires communes destinées à déloger les rebelles hutus.
Cette semaine s’est également tenu à Kinshasa le congrès de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), un parti né au début des années 80. Ce congrès, qui se tient sous la houlette d’Etienne Tshisekedi, rentré au pays depuis une semaine, est le premier jamais organisé par l’ancienne «fille aînée de l’opposition».
Au-delà des querelles entre les diverses factions et membres de sa famille politique ou biologique, M. Tshisekedi compte annoncer officiellement à cette occasion sa candidature à l’élection présidentielle. Quant à M. Bemba, toujours détenu à La Haye par la Cour pénale internationale, il entend bien, selon ses partisans, faire acte de candidature à l’élection présidentielle, dans l’espoir, d’ici là, d’être libéré. Un candidat indépendant, le pasteur Jean-Paul Moka, qui se présente comme «]un homme d’affaires belgo-congolais», a déjà annoncé, lui aussi, son intention de concourir. Il promet de relancer l’action du «mouvement bleu» qui s’était déjà signalé en 2006 et dont les méthodes s’inspiraient du modèle de la célèbre «révolution orange» qui avait soufflé sur l’Ukraine à la fin de 2004.
Selon la presse congolaise, Mobutu Nzanga, le fils cadet du défunt président, dont le parti UDEMO (Union des démocrates mobutistes) fait partie de la majorité présidentielle, aurait lui aussi l’intention de se présenter ainsi qu’un autre des candidats de 2006, le Dr Kashala.
Si elle se confirme, cette pléthore de candidats devrait rendre improbable une victoire de Joseph Kabila au premier tour, alors que, voici quelques jours encore, les partisans du chef de l’Etat croyaient pouvoir réussir un tel pari. [

RDC : Tensions à Goma pour l'arrivée de Kamerhe

Après l'annonce de sa démission du PPRD et de sa candidature à la prochaine élection présidentielle de 2011 en République démocratique du Congo (RDC), Vital Kamerhe avait prévu un meeting à Goma. Des incidents ont rapidement éclaté entre partisans de Kamerhe et supporters du président Joseph Kabila.
carte RDC Afrikarabia Nord Kivu.jpgDe violents incidents ont émaillé le retour de Vital Kamerhe à Goma, dans la province dont il est originaire. Le maire de la ville n'avait en effet pas autorisé la manifestation et très vite, les esprits se sont échauffés, la police a tiré en l'air pour disperser partisans et opposants de l'ancien président de l'assemblée nationale congolaise. Un correspondant de l'Agence France Presse révèle également que le nouveau candidat à la présidentielle a également été empêché par la police et la garde républicaine de se rendre au gouvernorat du Nord-Kivu. Plusieurs manifestants pro-Kabila ont traité Vital Kamerhe de "traître"… il faut dire qu'avant de se brouiller avec le chef de l'Etat, Vital Kamerhe a été le directeur de campagne de Joseph Kabila lors des précédentes élections de 2006. Depuis hier, Kamerhe a créer son propre parti, l'UNC et a décidé de se présenter face à Joseph Kabila aux présidentielle de 2011.

RDC : Kinshasa, plus grande ville d'Afrique en 2020

Les Nations-Unies estiment que la capitale de République démocratique du Congo (RDC) accueillera 4 millions de nouveaux habitants dans les 10 prochaines années. En 2020, Kinshasa pourrait donc , avec plus de 12 millions d'habitants devenir la ville la plus peuplée d'Afrique. Pour l'ONU, ces chiffres sont une source d'inquiétude pour les les conditions de vie des futurs habitants de la mégapole congolaise.
DSC03944 copie.jpgSelon ce rapport de l'ONU Habitat, la croissance démographique la plus forte dans la décennie sera celle de Kinshasa qui regroupe déjà 13 % de la population du pays . Une ville qui a déjà du mal a gérer l'afflux de nombreux migrants en 2010.
Kinshasa abrite désormais de nombreux "quartiers informels", bidonvilles, taudis, toujours plus loin du centre-ville et des services minimums (routes, eau, école, électricité, santé… ). "L'urbanisation de la pauvreté est un développement dramatique sur le continent africain, car elle est génératrice de contrastes alarmants entre la richesse des quartiers d'affaires ou des zones résidentielles pour les couches sociales à revenus élevés, d'une part, et la masse des misérables croupissant dans de vastes taudis", rapporte le document.
"Totalement laissés pour compte, les Kinois vivent ainsi à 95 % de la débrouille et la majorité en dessous du seuil de pauvreté", selon l'ONU. L'afflux de nouvelles populations pauvres et rurales ne devrait malheureusement pas améliorer la vie quotidienne des Kinois dans les années à venir.

mercredi 15 décembre 2010

Massacres de Noël en RDC : L'appel des ONG entendu

Après l'appel lancé par 19 organisations humanitaires pour empêcher les rebelles de la LRA de commettre de nouveaux massacres à l'approche de Noël, l'ONU vient d'annoncer l'envoie de renforts de casques bleus dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). La mobilisation exceptionnelle de 19 ONG a donc fini par porté ses fruits sur le terrain.
L'ONU a décidé d'envoyer 900 Casques Bleus de la Monusco supplémentaires pour lutter l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), responsable de nombreux massacres ces deux dernières années à l'approche des fêtes de Noël. "Forte des leçons apprises les années précédentes, la Monusco a renforcé ses positions dans les zones où les rebelles de la LRA opèrent" a confirmé le porte-parole de l'ONU.
L'opération de sécurisation se poursuivra sur le terrain jusqu'à la mi-janvier, notamment dans la zone de Dungu dans le nord-est de la RD Congo

lundi 13 décembre 2010

RWANDA : "6 millions de morts en RDC ? Extravagant !" selon Aldo Ayello

Les 9 et 10 décembre derniers se tenaient à Kigali une conférence internationale sur le génocide au Rwanda. Deux jours de travaux qui ont regroupé des chercheurs, des hommes politiques, des diplomates et des écrivains. Parmi eux, le diplomate italien Aldo Ayello, pour qui "l'extravagance du chiffre de 6 millions de morts au Congo devrait suffire à discréditer l'ensemble du pré-rapport "mapping" de l’ONU". Voici son interview réalisée à Kigali.
Capture d’écran 2010-12-12 à 21.37.19.pngEntre 1992 et 1994, le diplomate italien Aldo Ayello a été envoyé par les Nations Unies au Mozambique pour ramener la paix. Puis jusqu’en 2007 il a représenté l’Union européenne en Afrique centrale pour rapprocher les belligérants. Réputé excellent connaisseur de la région des Grands lacs, il porte un regard sévère sur le pré-rapport « mapping » du Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU sur les allégations de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, voire de « génocide » commis en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) et dont la responsabilité incomberait essentiellement à l’Armée patriotique rwandaise. Quand au chiffre de 6 millions de victimes, il le qualifie de « tout simplement extravagant ».
Monsieur Aldo Ayello, vous vous trouvez en ce moment au Rwanda pour participer à un colloque organisé par la Commission nationale contre le génocide au sujet du « Mapping report » de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU sur des allégations de crimes de guerre, voire de génocide au Congo entre 1996 et 1998. Ce rapport a fait grand bruit. Qu’en pensez-vous ?
Aldo AYELLO : - J'ai passé 15 ans en Afrique dont Tanzanie dans la région des Grands Lacs, j'en ai donc une expérience directe et je connais bien le contexte sur lequel le rapport de la commission de l'ONU fait une curieuse impasse. La sortie de ce rapport m'a profondément étonné. Pour ce que j'en ai lu, il contient beaucoup de contradictions et d'incohérences. Mais le pire est à mon avis la véritable amnésie qui semble toucher les auteurs du rapport sur le contexte des événements qu'ils prétendent décrire et analyser. Et le chiffre extravagant de victimes.
Que voulez-vous dire en parlant du contexte ?
Aldo AYELLO : - Il s'agit de la définition même du supposé "mapping". Pour comprendre et apprécier les événements qui se sont produits dans la région des Grands Lacs entre 1993 et 2003, il ne suffit pas de se fier à des témoins dont beaucoup semblent apporter des informations de deuxième ou de troisième main, mais aussi de comprendre l'ensemble du conflit, sa genèse, ses raisons profondes. Or le rapport ne le fait pas. Il ne définit pas le cadre, et d'abord le génocide. Je parle du vrai génocide, celui commis en 1994 au Rwanda contre les Tutsi. Le rapport de la commission de l'ONU ignore complètement cet événement décisif. Cette façon de mettre entre parenthèses le génocide des Tutsi et le massacre concomitant des Hutu démocrates empêche de comprendre ce qui s'est passé avant, pendant et après.
Avant ?
Aldo AYELLO : - Il est indispensable de se rappeler que le génocide de 1994 contre les Tutsi a été scientifiquement planifié. Comment les auteurs du rapport peuvent-ils oublier par exemple le témoignage et les télégrammes du général Roméo Dallaire, commandant en 1993 et 1994 la force des Nations unies (MINUAR) au Rwanda ? Les télégrammes étaient on ne peut plus précis, notamment celui du 11 janvier, et pointent la faillite de l'ONU à prévenir le génocide, jusqu'au lâche retrait de l'essentiel des effectifs de la MINUAR. C'est grâce au secrétaire général Boutros Boutros Ghali qu'une présence minimum a permis que la communauté internationale conserve un droit de regard sur ce qui se produisait. Peut-être que cette petite présence a sauvé quelques vies humaines. Peut-être a-t-elle dans certains cas, imposé un minimum de retenue aux auteurs du carnage. Je suis vraiment étonné que les auteurs du rapport fassent l'impasse sur tout ça. Et qu'ils oublient également que l'ONU a ensuite toléré que les camps de réfugiés - qui ont accueilli la population hutu obligée de fuir son pays sous la pression des génocidaires - puissent s'installer à quelques mètres seulement de la frontière du Rwanda. Voilà qu'elle a été l'origine des tragédies qui ont suivi.

Qu'aurait dû faire l'ONU après le génocide et l'exil forcé de millions de Rwandais ?

Aldo AYELLO : - Les règles internationales concernant l'accueil de populations réfugiées sont claires. Notamment, les camps doivent être installés à une grande distance de la frontière du pays quitté pour des raisons évidentes de sécurité. Or l'ONU a toléré que certains camps soient installés à quelques mètres seulement de la frontière du Rwanda. Ces camps étaient encadrés par les mêmes autorités qui venaient de diriger le génocide. L'ONU a toléré que les anciennes Forces armées rwandaises (FAR) puissent s'installer au milieu de ces réfugiés avec leurs armes et leurs munitions. L'ONU a toléré que les ex-FAR puissent se réorganiser et compléter leurs effectifs dans l'intention clairement affichée d'attaquer le Rwanda pour reprendre le pouvoir et, dans l'intervalle, de déstabiliser les autorités par une série d'incursions armées. Je rappelle que les organisations non-gouvernementales et le Haut-Commissariat aux réfugiés n'avaient pas le contrôle des camps. Qu’elles n’avaient même pas le droit d’y pénétrer pour recenser le chiffre réel de réfugiés. Que les autorités rwandaises en exil trichaient effrontément sur le nombre de réfugiés pour obtenir des stocks d'équipements et de rations alimentaires qu'elles revendaient à la population zaïroise pour se procurer davantage d'armes et de munitions. L'intention déclarée de ces gens était "de continuer le travail qui n'avait pas été terminé", c'est-à-dire de revenir au Rwanda pour parachever l'extermination des Tutsi.
Les auteurs du pré-rapport n'évoquent pas cette situation ?
Aldo AYELLO : - Précisément. J'ai cherché dans le rapport le rappel des causes de la crise que les rapporteurs prétendent expliquer et analyser. Je n'ai pas trouvé un seul paragraphe sérieux sur tout ça, rien sur la responsabilité de la communauté internationale qui a laissé violer ses propres règles en tolérant l’installation à la frontière du Rwanda des forces préparant la reconquête du pays en s'appuyant sur le financement des camps par le détournement massif de l’aide de la communauté internationale, notamment de l'Union européenne. Faut-il rappeler que le financement de cette population forcée à l'exil coûtait un million de dollars par jour, dont la moitié financée par l'Union européenne ? Quelques mois seulement après avoir fui le Rwanda, les ex-FAR avaient reconstitué leur effectif d'environ 50 000 militaires. Elles avaient réussi à transférer au Zaïre l'essentiel de leurs armes lourdes et de leurs véhicules ainsi que la plus grande partie de leurs armes légères. Elles ont racheté le reste aux militaires zaïrois avec l'argent pillé au Rwanda avant leur fuite et l'argent détourné des budgets destinés à l'aide aux réfugiés.
Pour reprendre la guerre perdue en juillet 1994 ?
Aldo AYELLO : - En 1995 et 1996, le Rwanda était soumis à des incursions armées et à des attaques pratiquement quotidiennes. Il ne se passait pas de semaine sans que des rescapés soient assassinés par des commandos venus du Zaïre. Je rappelle que la route stratégique entre Kigali et Gisenyi, à la frontière du Zaïre, était fréquemment minée. L'insécurité était telle qu'on ne pouvait plus l'emprunter la nuit, et le jour, il fallait organiser des cortèges de véhicules, escortés par de puissants effectifs militaires.
Comment les auteurs du pré-rapport ont-ils pu faire l'impasse sur cette situation ?
Aldo AYELLO : - C'est bien le problème. Entre 1994 et 1996, le Rwanda était un pays assiégé, et l'inconséquence, l'incohérence, la lâcheté de la communauté internationale contribuaient très lourdement à cette situation. Les autorités de l’ex-gouvernement « intérimaire » qui avaient préparé puis encadré le génocide voulaient imposer une négociation au gouvernement rwandais pour partager le pouvoir en faisant l'impasse sur l'épouvantable carnage qu'ils avaient provoqué. À cette époque, j'ai rencontré à plusieurs reprises le président du Rwanda Pasteur Bizimungu et le vice-président et ministre de la défense Paul Kagamé. Tous deux se plaignaient amèrement de l'incurie de l'ONU qui laissait se préparer une nouvelle tragédie.
Que disaient-ils précisément ?
Aldo AYELLO : - À plusieurs reprises, Paul Kagamé m'a dit : "Il faut que l'ONU permette aux Rwandais pris en otage par les génocidaires de revenir dans leur pays, sinon nous serons forcés de le faire nous-mêmes." J'ai rapporté ses paroles à mes interlocuteurs de l'ONU, mais ils n'en ont pas tenu compte. Aucun pays européen n'était prêt à envoyer des militaires dans les camps de réfugiés pour soustraire la population à la terreur de l’encadrement génocidaire. Personne ne voulait s'occuper de rétablir des règles normales en matière d'accueil et d'administration des populations réfugiées. Personne n'était prêt à consacrer des ressources pour déplacer les camps ou pour protéger les Rwandais qui voulaient rentrer dans leur pays et qui était assassinés par les forces génocidaires dès qu'ils en manifestaient l'intention. Je conserve un souvenir précis des demandes des autorités de Kigali, répétées mille fois, de concourir au rétablissement d'une situation normale en matière de réfugiés. Il est étrange que ce problème qui a dominé la scène politique rwandaise pendant les années 1994 à 1996 ait été complètement ignoré par les auteurs du rapport de la commission de l'ONU.
Comment cela est-il possible ?
Aldo AYELLO : - Je me pose la question. Je n'étais pas le seul à qui le président de la République du Rwanda et son vice-président posait le problème. Tous les représentants des gouvernements étrangers qui rencontraient les nouvelles autorités du Rwanda entendaient le même refrain. La question a été la base des négociations de Lusaka. J'entends encore les réponses de certaines autorités gouvernementales occidentales : « Ce serait trop risqué, trop dangereux, trop coûteux ». Comment pouvaient-ils présenter de tels arguments alors que le coût du maintien des camps de réfugiés était d'un million de dollars par jour !
C'était la volonté politique qui manquait ?
Aldo AYELLO : - Exactement. L'opération aurait incombé à des militaires des pays développés qui ne voulaient pas s'engager. J'entends encore Paul Kagamé, qui était alors vice-président de la république me dire : « Si les occidentaux ne veulent pas rétablir l'ordre dans les camps, empêcher les ex=FAR de préparer une attaque armée générale contre le Rwanda et faciliter le retour des réfugiés, alors nous serons obligés de le faire nous-mêmes. » J'ai relayé ces propos aux responsables de l'Union européenne, à des hauts responsables des États-Unis, à toute une série de membres de la communauté internationale. Je me suis heurté à une fin de non recevoir.
Considérez-vous que l'attaque menée par l'armée patriotique rwandaise et les troupes de Kabila à la fin de 1996 constituait un acte de légitime défense ?
Aldo AYELLO : - Appelons les choses par leur nom. L'accueil complaisant par les autorités du Zaïre des responsables du génocide, l'autorisation qu'il aura été donnée de reconstituer une force armée considérable, à se fournir en armes et munitions, la tolérance dont ils ont bénéficié pour terroriser les camps de réfugiés, et enfin la préparation d'une attaque générale contre le Rwanda qui était prévue au tout début 1997, tout ceci a entraîné un acte de légitime défense des autorités du Rwanda.
Car si l'armée patriotique rwandaise n'avait pas attaqué fin 1996, peut-être qu'elle n'aurait pas résisté à l'invasion armée massive qui était programmée par les ex-FAR quelques semaines plus tard, et le génocide aurait été parachevé.
Que pensez-vous des observations du rapport de l'ONU qui laisse entendre que des actes de génocide contre les Hutu auraient été commis au Zaïre par l'APR et les forces de Kabila ?
Aldo AYELLO : - Parler de génocide commis au Zaïre contre les réfugiés rwandais demande beaucoup d'imagination et de fantaisie. Je vous renvoie à l'article 6 du traité de Rome, ce qu'on appelle la convention sur le génocide. Il s'agit "d'actes commis dans l'intention de détruire en totalité ou en partie un groupe national, ethnique, religieux, etc.". À la suite de l'attaque du Zaïre fin 1996, les autorités rwandaises ont créé un couloir humanitaire qui a permis de rapatrier au Rwanda des millions de personnes libérées de l'étreinte de la terreur dans les camps. Ces gens n’ont pas été exterminés, mais bien au contraire protégés. Il s'agissait encore une fois d'un acte de légitime défense de la part d'un pays assiégé et en faveur de millions de réfugiés soumis à la propagande qui avait conduit au génocide, et dont la plupart se félicitaient de pouvoir rentrer dans leur propre pays sous la protection de l'APR.
Mais d’autres réfugiés se sont enfuis… ?
Aldo AYELLO : - Je n'ignore pas que des centaines de milliers de réfugiés ont été repoussées plus profondément dans le territoire zaïrois sous l’effet de la panique ou sous la contrainte des militaires des ex-FAR qui s'en servait comme d'un bouclier humain. Dans la plupart des cas, même lorsque ces réfugiés avaient parcouru à pied des centaines de kilomètres à l'intérieur du Zaïre jusqu'à Tingi=Tingi ou Kisangani, ils ont pu être ramenés au Rwanda. Dans d'autres cas, il y a eu des pertes humaines, notamment lorsque ces réfugiés ont été utilisés comme boucliers humains par les ex=FAR et les forces armées zaïroises qui leur apportaient leur concours pour tenter d'éviter la défaite. Que des dizaines de milliers de réfugiés aient perdu la vie dans ces terribles circonstances, du fait que des combats, de la maladie, de l'épuisement, voir de « dommages collatéraux », est une évidence. Citer le chiffre de 6 millions de victimes provoquées par l'armée patriotique rwandaise et les autres pays qui ont participé aux opérations militaires dans le Zaïre jusqu'à la chute de Mobutu est tout simplement extravagant et devrait suffire à discréditer l'ensemble du rapport.
Pourquoi ce chiffre qui est répété à l’envie sur la « Toile » ?
Aldo AYELLO : - Il ne repose sur rien de concret. On voit bien l’effet de propagande qui est recherché. Il s'agit d'atteindre un chiffre comparable au nombre des Juifs exterminés par les nazis, pour attirer l'attention de l'opinion publique internationale, jouer sur le registre de l'émotion, de l'indignation, de la passion. Ou pire encore, souffler sur les braises de la haine. Encore une fois, tout ceci n'a rien à voir avec la réalité.
Propos recueillis à Kigali par François MOLYNEUX

dimanche 12 décembre 2010

RDC : Monsengwo, un cardinal très politique

Et si le nouveau phénomène politique de cette fin d'année était… un homme d'église ? En ce mois de décembre, on attendait le retour de Tshisekedi, de discours sur l'état de la nation de Kabila, le démarrage du procès Bemba… mais le hasard du calendrier a fait entrer un nouveau venu sur la scène politique congolaise : le cardinal Laurent Monsengwo. Et pour sa première messe, le nouvel archevêque de Kinshasa a choisi un ton résolument politique. A moins d'un an des élections présidentielles en République démocratique du Congo (RDC), il faudra désormais compter avec ce nouvel acteur politique congolais.
Capture d’écran 2010-12-11 à 22.37.00.pngFraîchement débarqué de Rome le 1er décembre dernier, le cardinal Monsengwo, fait une irruption très remarquée dans l'arène politique congolaise et embarrasse déjà les autorités de Kinshasa. Lors de sa messe d’accueil en tant que nouveau cardinal, l’archevêque de Kinshasa a invité tous les belligérants dans l’Est du pays à cesser les combats. Laurent Monsengwo, souhaite que les milices « déposent les armes et fasse la paix dans la justice et la réconciliation ». Des mots du cardinal Laurent Monsengwo, qui ont fortement résonné dans le stade des Martyrs, devant plus de 80 000 personnes.
« Point n’est besoin de tuer tant d’hommes et de femmes. Point n’est besoin de tant de violences innommables pour se faire de l’argent. C’est de l’argent criminel », a scandé le cardinal Monsengwo. Des paroles de paix très classiques pour un homme d'église, mais lorsque le nouvel évêque de Kinshasa déclare : « le pouvoir qui ne s’occupe pas du bien commun est un pouvoir sans objet »… certains regards se sont tournés vers le chef de l'état, Joseph Kabila, déjà en campagne pour sa réélection en 2011. Cette interpellation très politique à destination de la classe politique congolaise, a fait grand bruit à Kinshasa… un discours particulièrement apprécié par la population congolaise.
Dans son homélie, Laurent Monsengwo a parlé d'unité, de paix, de vérité, de justice et de réconciliation pour tous… un message qui prend une résonance particulière, un an avant un scrutin électoral décisif pour la RD Congo. Une chose est sûre : il faudra désormais compter avec une nouvelle personnalité politique à Kinshasa, en la personne du cardinal Laurent Monsengwo.

vendredi 10 décembre 2010

Rwanda : le président Kagame reçoit le prix de la paix mondiale

Le président du Rwanda Paul Kagame a reçu jeudi 9 décembre le prix de la paix mondiale qui lui a été remis par Mohamed Ali, président de la Fondation pour la paix mondiale et l’unité, au cours d’une réception à l’hôtel Serena de Kigali.

Capture d’écran 2010-12-10 à 07.27.31.pngCe prix lui avait été officiellement attribué à Londres, siège de la Fondation, le 23 octobre 2010. Depuis cinq ans, la Fondation pour la paix et l'unité récompense les acteurs de la société civile qui font le plus pour construire une bonne entente entre communautés, notamment interconfessionnelles. Cette initiative a été prise par la Communauté musulmane britannique lors de sa cinquième session, tenue à Londres. Parmi les critères de choix, la communauté musulmane retient non seulement celui ou celle qui a fait le plus pour une bonne intégration des communautés religieuses dans la cité, mais aussi « la promotion du caractère sacré de la vie » et la capacité à promouvoir le dialogue.

Pour la cérémonie, le président Kagame était entouré du mufti du Rwanda, le cheik Saleh Habimana, de plusieurs évêques catholiques et protestants et de nombreux acteurs de la vie civile. Mohamed Ali a vivement félicité le président rwandais pour la façon dont il a reconstruit le pays après le génocide des Tutsi de 1994. Il a insisté sur le rôle du Président dans l'arrêt du génocide de 1994 contre les Tutsi et la reconstruction du pays dans un pays plus harmonieux, stable et prospère qui est devenu un modèle pour l'Afrique et une source d'inspiration à d'autres pays sortant d'un conflit. Paul Kagame a répondu qu’il restait beaucoup à faire et souligné que l’avenir du Rwanda dépendait des Rwandais et d’eux seuls.

jeudi 2 décembre 2010

Le secteur minier du Kivu est à l’arrêt

Goma et Walikale

Les hommes d’affaires de Goma et de Bukavu n’en finissent pas de se lamenter depuis que le 6 septembre dernier, les conviant à un dîner à l’hôtel Ihusi de Goma, le président Kabila leur annonça tout de go que la commercialisation des produits miniers était suspendue jusqu’à nouvel ordre, et que les stocks déjà constitués devaient être placés sous scellés. «Cela nous permettra d’y voir plus clair, de mettre un peu d’ordre dans ce secteur » avait-il conclu.
Depuis lors, tous les comptoirs offrent le même spectacle que la parcelle de Metalchem à Goma : seuls des gardiens et des jardiniers empêchent la végétation de reprendre ses droits autour des containers verrouillés ; les broyeuses, les séchoirs sont à l’arrêt, les installations électriques déconnectées. « Chaque container contient du minerai, coltan ou cassitérite, pour une valeur de 250 à 280.000 dollars » explique le patron de Metalchem, John Kanyoni qui est aussi le vice président local de la FEC, la Fédération des entreprises du Congo. Dans la seule province du Nord Kivu, les stocks bloqués représentent une valeur de 20 millions de dollars. Deux banques de la place, qui avaient avancé des capitaux aux négociants, sont au bord de la faillite et au Nord comme au Sud Kivu, le commerce fonctionne au ralenti, l’argent ne circule plus.
« Avec les devises apportées par les ONG internationales, le secteur minier était le principal moteur de l’économie du Nord Kivu » poursuit Kanyoni. « L’interdiction de la commercialisation affecte tous les secteurs : le commerce de détail, les assurances, le transport… Les recettes fiscales de la province sont en chute libre. » L’homme d’affaires reconnaît cependant que si le secteur minier payait deux millions de dollars par mois au titre d’impôts et de taxes, la moitié seulement de cette somme rentrait dans les caisses de l’Etat, l’autre partie s’évaporait sur les barrières dressées par les militaires et dans des ponctions diverses…
Le Mwami Alexandre Bamongo, l’un des chefs coutumiers de Walikale, confirme que dans son fief, la situation est dramatique : « la révolte gronde car il est interdit aux creuseurs de se rendre sur les carrés miniers. Or, vu le manque de routes qui permettraient d’écouler les produits agricoles, l’absence d’écoles, il n’y a pas d’autres débouchés pour les jeunes… »
Walikale… Sur la route de Kisangani, accessible uniquement par voie aérienne (les appareils se posent sur un lambeau de route), la petite ville au milieu de la forêt a longtemps fait figure d’enfer ou d’Eldorado. Pour tous ceux qui voulaient tenter leur chance dans les mines, c’était la terre promise, délivrant aux creuseurs le coltan, la cassitérite, l’or, les diamants. Des milliers de Hutus en cavale, d’anciens enfants soldats démobilisés s’y sont reconvertis en creuseurs.
Jusqu’en septembre dernier, on ne comptait pas moins de quinze à trente rotations aériennes par jour ; les petits porteurs amenaient dans la ville des produits de première nécessité, la viande et la bière, les légumes et les vêtements sans oublier la bimbeloterie chinoise, et ils repartaient chargés de produits miniers qui prenaient la direction des comptoirs de Goma et de Bukavu.
A chaque rotation, les pilotes payaient 1000 dollars au titre de taxes : « Walikale assurait 60% des recettes fiscales de la province » précise le chef coutumier.
Aujourd’hui ce Far West vit au ralenti, la colère gronde parmi les commerçants privés de marchandises et de clients tandis que les creuseurs interdits d’accès aux carrés miniers songent à reprendre les armes, un business qui continue à être lucratif : le groupe dirigé par un certain Cheka n’a pas hésité à s’emparer d’un équipage indien de la Monusco et l’a sans doute relâché moyennant discrète rançon…. L’abbé Arsène, qui fut le principal négociateur de cette libération, assure que Cheka et ses hommes étaient révoltés : « chassés des carrières, ils n’arrivent plus à vivre. » Mais il y a pire : Cheka a reconnu que ses hommes étaient responsables des viols massifs commis à Luvungi, où en septembre plus de 300 femmes ont été attaquées. « C’était une manière d’attirer sur eux l’attention de la communauté internationale, puisque désormais c’est des viols que l’on parle, plus que des tueries… »
Cependant les mines de Walikale sont loin d’être à l’arrêt : la nuit, les creuseurs y retournent comme des fourmis et surtout les militaires qui en contrôlent l’accès continuent à y envoyer des civils : « c’est une sorte de salongo, de travail obligatoire, on doit creuser pour eux durant deux jours par semaine » dit le chef coutumier.
A Goma, un officier issu des rangs du mouvement rebelle de Nkunda, nous confie :« pour les militaires, rien n’est plus facile que contourner l’embargo : ils chargent le coltan dans leurs camions, passent la frontière rwandaise et se font payer à raison d’un dollar le kilo. Cinq tonnes de coltan envoyés vers le Rwanda, cela rapporte 5000 dollars…Nous n’avons même plus la concurrence des civils… »
Cette semaine, une délégation de plusieurs généraux, venus de Kinshasa, a été envoyée à Walikale par le président Kabila : « une sorte de tournée d’inspection » explique l’un d’entre eux, « il faut remettre de l’ordre dans la filière »
Cette sollicitude soudaine fait sourire nos interlocuteurs de la société civile : «tout le monde sait que c’est le général Amisi, dit Tango Four, chef des Forces terrestres, qui exploite la principale des mines, du côté de Bisié, que les troupes de Nkunda, intégrées dans les forces gouvernementales ont pris le contrôle des mines. Il suffirait de les arrêter ou de les muter ailleurs dans le pays… »

Alors que le Kivu fut son bastion électoral, où il remporta plus de 90% des voix, la popularité du président Kabila est en chute libre, l’embargo sur la commercialisation des minerais, une décision prise à la hâte, sans mesure d’accompagnement, est unanimement critiqué. Comment expliquer cette sorte de coup de poing sur la table ? D’aucuns avancent qu’une société russe se verra bientôt confier toute l’exploitation minière de Walikale et que les creuseurs seront invités à se reconvertir dans l’agriculture.
Mais pour John Kanyoni, la réponse est à chercher du côté de Washington : « sous la pression d’un lobby puissant, animé par des groupes miniers canadiens et américains, le Congrès a voté en juillet dernier la loi Dodd-Frank donnant moins d’un an au secteur minier congolais pour se mettre en ordre et répondre aux exigences de traçabilité. Faute de quoi, les minerais venant de RDC et aussi de tous les pays voisins (soit un tiers de l’Afrique) seront tout simplement interdits aux Etats unis.
Cette mesure semble inspirée par le souci de bannir les « minerais de sang » ; en réalité, la mise hors la loi du tantale congolais provoquera la hausse des cours mondiaux, qui passeront de 40 à plus de 100 dollars la livre. Une aubaine pour des mines canadiennes ou australiennes, qui redeviendront rentables en assurant à leurs acheteurs qu’elles proposent du minerai plus cher certes, mais « propre »… »

RDC : 1 congolais et 3 FDLR sur la "liste noire" de l'ONU

Un officier supérieur de l'armée de République démocratique du Congo (RDC) et trois hauts gradés de la rébellion hutue (FDLR) viennent d'être placés sur la "liste noire" de l'ONU. L'officier de l'armée congolaise est un ancien rebelle du CNDP, Innocent Zimurinda . Pour ces 4 personnes les sanctions sont immédiates : gels des avoirs et interdictions de voyager.
Image 6.pngLe lieutenant-colonel Innocent Zimurinda est avec 3 autres rebelles hutus dans le collimateur des Nations-Unies. Cet ancien officier du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), intégré aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) au début de 2009 après les accord de paix figure désormais sur la "liste noire" de l'ONU.
D'après le document onusien, le lieutenant-colonel Innocent Zimurinda "a donné des ordres qui sont à l’origine du massacre de plus de 100 réfugiés rwandais, principalement des femmes et des enfants, au cours d’une opération militaire qui s’est déroulée en avril 2009 dans la région de Shalio". Selon le Groupe d’experts du Comité des sanctions du Conseil de sécurité concernant la République démocratique du Congo, des témoins ont vu le lieutenant-colonel Innocent Zimurinda refuser de libérer trois enfants qui se trouvaient sous son commandement à Kalehe, le 29 août 2009. Enfin, le lieutenant-colonel Innocent Zimurinda a participé en novembre 2008 à une opération qui est à l’origine du massacre de 89 civils, dont des femmes et des enfants, dans la région de Kiwanja.

Trois membres de la rébellion hutue des FDLR ont été également placé sur cette "liste noire" :
- Gaston Iyamuremye : second Vice-Président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ce général de brigade est considéré comme étant un membre essentiel de la direction militaire et politique des FDLR. Gaston Iyamuremye a également dirigé le cabinet d’Ignace Murwanashyaka (Président des FDLR) à Kibua (RDC) jusqu’à décembre 2009.
- Félicien Nsanzubukire : commandant du 1er bataillon des FDLR. Il est membre des FDLR depuis au moins 1994 et opère dans l’Est de la RDC depuis octobre 1998. Le Groupe d’experts du Comité des sanctions du Conseil de sécurité concernant la République démocratique du Congo indique que Félicien Nsanzubukire a supervisé et coordonné le trafic de munitions et d’armes entre novembre 2008 et avril 2009, au moins, depuis la République-Unie de Tanzanie, via le lac Tanganyika, et à destination des unités des FDLR basées dans les régions d’Uvira et de Fizi au Sud-Kivu.
- Leodomir Mugaragu : chef d’état-major des FDLR/FOCA. Général de brigade de la rébellion est, selon l'ONU, l’un des principaux planificateurs des opérations militaires des FDLR dans l’est de la RDC.

mercredi 1 décembre 2010

RDC : L'armée congolaise facteur d'instabilité

Une armée régulière accusée par l'ONU d'aggraver l'insécurité dans le pays, c'est la situation ubuesque dans laquelle se trouve la République démocratique du Congo (RDC). Un rapport onusien vient en effet de faire état de réseaux criminels au sein de l’armée congolaise (FARDC).
Image 3.pngDans un précédent article publié sur afrikarabia.com, nous avions dénoncé les "fauteurs de guerre" qui, depuis plus de 10 ans, sont responsables de la guerre sans fin qui secoue l'Est de la RD Congo. Au premier rang des responsables du conflit, de multiples mouvements rebelles soutenus par le Rwanda ou l'Ouganda mais aussi le pouvoir congolais lui-même, incapable d'assurer la sécurité de son territoire et coupable d'exactions sur les populations civiles. Des exactions commises par l'armée régulière (FARDC) et dénoncées par un récent rapport de l'ONU.
Pour les Nations-Unies, des réseaux criminels au sein de l'armée de la République démocratique du Congo (FARDC) aggravent l'insécurité dans le pays en se livrent à la contrebande, au braconnage et à l'exploitation illégale des ressources minières, notamment de l'or.
Ce groupe de cinq experts de l'ONU ont constaté une "insubordination omniprésente" dans les rangs de l'armée gouvernementale. Ils accusent en particulier plusieurs officiers, pour la plupart d'anciens rebelles tutsis du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), incorporés dans l'armée après un accord de paix conclu en 2009. "Des officiers, à différents niveaux de la hiérarchie des FARDC, se disputent le contrôle de zones riches en minerais, aux dépens de la population civile", note le rapport.
Juste des rumeurs ?
Le porte-parole des FARDC dans l'Est du pays, le commandant Sylvain Ekengé, s'est interrogé sur la crédibilité de ce rapport. "Ils se présentent comme des experts mais ils se fondent sur des rumeurs" et de contre-attaquer : "il n'y a aucun CNDP dans les FARDC aujourd'hui (sic) nous ne sommes pas une institution politique". Pourtant de nombreux membres de la rébellion tutsi ont intégré l'armée régulière lors de "brassages" depuis l'accord de paix de Goma !
Les experts notent enfin que les anciens rebelles sont mal intégrés à l'armée, sous le commandement de l'ex-rebelle Bosco Ntaganda qui est accusé de crimes de guerre.
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mardi 30 novembre 2010

Des alliances contre nature se nouent au Kivu

Goma,

Autour de Goma, les immenses camps, où voici un an s’entassaient plus d’un million de déplacés ont cédé la place aux pâturages. Sur la route menant vers le « Grand Nord », Rutshuru et au-delà, les barrières militaires et autres péages ont disparu ; le maire de la ville, Roger Rachidi, s’efforce d’abattre les plus illégales des maisons ; les conflits fonciers ont remplacé les affrontements militaires et l’Union européenne se prépare à investir 40 millions de dollars dans la réfection du réseau routier de Goma et Bukavu. L’heure est à la paix, à la reconstruction, et cependant, il n’est question que de bruits de bottes, de nouveaux recrutements militaires, d’alliances contre nature. Une fois de plus, les cartes vont-elles être rebattues, les armes parler à nouveau ?
Il apparaît en effet que l’opération « Amani Léo », où les forces gouvernementales s’étaient donné pour but, voici un an, de venir à bout des rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), s’est soldée par un échec et qu’elle est virtuellement terminée. Certes, de nombreux Hutus ont été désarmés et ramenés au Rwanda, Caritas estime que le nombre total d’enfants soldats ne dépasse plus les 2000, la pacification de la province a progressé. Mais des éléments imprévus sont apparus. Rappelons que, début 2009, à la suite d’un changement d’alliances qui surprit tout le monde, les présidents Kagame et Kabila décidaient d’enterrer la hache de guerre ; Laurent Nkunda, le rebelle tutsi qui avait failli prendre Goma, était arrêté par les Rwandais puis placé en résidence surveillée tandis que son adjoint, Bosco Ntaganda, « retourné » par les forces gouvernementales, se retrouvait placé à la tête de l’opération militaire Amani Léo.
Bosco Taganda, accusé de nombreux crimes de guerre, fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, mais, malgré les protestations, le président Kabila l’a chargé de poursuivre les rebelles hutus. A ses côtés, les troupes du CNDP, (Conseil national pour le développement et la paix), le mouvement que dirigeait Nkunda, ont été réintégrées dans l’armée sans autre forme d’examen.
Depuis lors, la roue a tourné : les hommes du CNDP, protégés désormais par la bannière gouvernementale, se sont enfoncés loin des zones frontalières et des collines du Nord Kivu où ils s’étaient cantonnés jusque là. S’enfonçant au cœur de la forêt, ils ont pris le contrôle des zones minières du côté de Walikale, source de bénéfices importants, qu’ils partagent tacitement avec d’autres groupes armés, des Congolais ou même des Hutus rwandais !
En outre, au Nord comme au Sud Kivu, des « alliances contre nature » sont apparues : certains groupes du CNDP, parmi lesquels des partisans de Nkunda et des militaires venus du Rwanda, se sont révélés hostiles au président rwandais Kagame et disposés à rejoindre les deux principaux opposants de ce dernier, les généraux Kayumba Nyamwasa et Patrick Karegeya. Ces derniers, réfugiés en Afrique du Sud où le premier a fait l’objet d’une tentative d’assassinat, lancent des appels à la dissidence et tentent de recruter des troupes. Ces deux officiers, cependant considérés comme des « Tutsis purs et durs » et de tendance monarchiste auraient réussi à convaincre des Hutus réfugiés au Congo de rejoindre leur combat contre Kagame !
Sur le terrain, les Congolais, stupéfaits, ont constaté ces derniers mois que des Rwandais, Hutus et Tutsis, qui étaient censés se combattre, ont conclu d’étranges alliances. Kigali, très attentif à ce nouveau risque de déstabilisation, a envoyé à Kinshasa son ministre de la Défense James Kabarebe pour discuter des mesures à prendre et à Goma, plusieurs personnalités qui étaient proches de Nkunda et auraient pu soutenir la rébellion en gestation ont tout simplement été assassinées.
Selon certaines sources, 400 militaires rwandais auraient même franchi discrètement la frontière au dessus de Goma, pour préparer une opération punitive contre cette coalition d’opposants.
Minée par ce retournement d’alliances, par la transformation de certains militaires en exploitants miniers, par la corruption des officiers qui se font construire de belles maisons avec les soldes de leurs troupes l’Opération Amani Léo n’existe virtuellement plus. L’armée régulière souhaiterait régler une fois pour toutes le problème des transfuges venus du CNDP en faisant d’eux des militaires du rang et en les affectant ailleurs dans le pays.
Dans ce but, les militaires européens d’Eusec (la force européenne qui appuie la réorganisation de l’armée) ont mis au point des fiches biométriques, ils distribuent cartes de service informatisées et nouveaux uniformes : tout ceux qui en seront dépourvus seront automatiquement considérés comme des hors la loi.
Mais les soldats tutsis du CNDP renâclent : certains craignent d’être dispersés dans le pays (« nous avons peur de perdre notre cohésion, notre force de frappe » nous explique l’un d’entre eux) tandis que d’autres refusent que soit interrompu leur juteux business minier ou la préparation de nouvelles opérations. C’est dans ce contexte tendu que de nouveaux recrutements sont relevés à Kitchanga, l’un des fiefs du CNDP et que l’insécurité s’est déplacée vers le Nord de la province, du côté de Lubero, de Beni, de Kayabayonga où un curé, qui récoltait des armes afin de tenter de pacifier la région, a été abattu à bout portant. L’évèque de Beni a publié un communiqué alarmant, dénonçant la violence croissante dans la région.
D’autres alliances contre nature, dirigées contre Kigali et Bujumbura, se nouent également au Sud Kivu : ici aussi les dissidents rwandais Kayumba et Karegeya recrutent parmi les Hutus et les Tutsis, ils sont soutenus par le FNL, (Forces nationales de libération) un mouvement extrémiste hutu du Burundi qui a repris le maquis sur la frontière congolaise et aussi par un mouvement composé de Tutsis des haut plateaux, le FRF (front révolutionnaire et fédéraliste).
« A peine avions nous commencé à réduire et à intégrer nos propres groupes rebelles que la donne, une fois de plus, a changé » commente un officiel congolais «des opposants au régime de Kigali et à celui de Bujumbura viennent se réorganiser chez nous » Sans surprise, les services de sécurité des trois pays multiplient les réunions et les populations de l’Est du Congo, une fois de plus, se demandent si elles ne vont pas faire les frais d’une guerre menée sur leur sol par des étrangers

mardi 23 novembre 2010

Procès Bemba : Une enquête "bâclée" ?

Au premier jour du procès Bemba, la défense de l'ancien vice président de République démocratique du Congo (RDC) n'a pas de mots assez durs pour pour dénoncer une enquête "partial et bâclée". Jean-Pierre Bemba est accusé d'avoir dirigé des miliciens qui ont commis des meurtres, des viols et des pillages en République centrafricaine entre 2002 et 2003. Il risque la prison à vie s'il est reconnu coupable au terme de ce procès, qui devrait durer six mois.
HAG10.jpg"Une enquête partiale, une enquête bâclée, et qui en définitive n'apporte absolument pas aux juges ce qu'ils sont en droit d'attendre, c'est-à-dire des preuves au-delà de tout doute raisonnable", dénonce Maître Nkwebe Liriss, l'un des avocats du leader congolais. Jean-Pierre Bemba a plaidé non coupable au cours de ce premier jour de procès.

Pourtant, pour le procureur de la Cour pénal international, Luis Moreno-Ocampo, le dossier est solide : "Jean-Pierre Bemba a sciemment permis aux 1.500 hommes qu'il commandait de commettre des centaines de viols, des centaines de pillages". D'après le procureur, Jean-Pierre Bemba était "le commandant militaire avec l'autorité effective et le contrôle des troupes qui ont commis les crimes", ce que conteste fermement la défense.

"La responsabilité hiérarchique incombait au commandement suprême de l'armée centrafricaine", assure Maître Liriss, regrettant que "la chaîne de commandement centrafricaine" ne soit pas appelée à témoigner au procès et note l'absence d'un personnage clé : Ange-Félix Patassé, le président centrafricain auquel les troupes de Bemba était venus prêter main forte. Un des avocats de Jean-Pierre. Bemba, Aimé Kilolo, affirme que les miliciens du MLC combattaient "avec l'uniforme et sous le drapeau centrafricain", et que ce sont donc les autorités de ce pays qui les commandaient et qui étaient responsables de leur discipline.
La CPI a autorisé la participation de 759 victimes au procès et les juges doivent encore se prononcer sur plus de 600 autres demandes. Le procès Bemba doit durer au moins 6 mois.

samedi 20 novembre 2010

RDC : L'heure de vérité pour Jean-Pierre Bemba

Le 22 novembre 2010, s’ouvrira devant la Cour pénale internationale (CPI) le procès de Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de République démocratique du Congo (RDC). Jean-Pierre Bemba est accusé de crimes de guerre commis par ses troupe en République centrafricaine (RCA )entre 2002 et 2003. Mais au delà du procès, c'est la participation du "chairman" à la prochaine présidentielle qui se joue. Et selon toute vraisemblance, Jean-Pierre Bemba ne sera pas en mesure de se présenter au prochain scrutin de 2011. Quid de son avenir politique ?
Image 3.pngLundi 22 novembre à 14h30, l'ancien rival de Joseph Kabila aux élections de 2006 fera son entrée dans la salle d'audience de La Haye. Deux ans après l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, plus de sept ans après les faits et après deux reports successifs, les attentes sont grandes. « L’ouverture du procès Bemba est un moment historique pour les victimes de la République centrafricaine qui gardent espoir de voir la CPI leur rendre justice », a indiqué Lucille Mazangue de la Coalition centrafricaine pour la CPI. « L’attente des victimes et le dépérissement des preuves s’accentuent à mesure que le temps passe. Nous espérons donc que le procès se déroulera en bonne et due forme sans retard excessif. » Pour les partisans du leader de l'opposition congolaise, c'est toujours l'incompréhension. Les avocats de Jean-Pierre Bemba estime que leur client n'est pas responsable des exactions de ses troupes en RCA, n'étant pas présent sur place et ne dirigeant donc pas les opérations sur le terrain.
Mais derrière l'affaire judiciaire se profile l'avenir politique politique de Jean-Pierre Bemba. Le procès durera plusieurs mois et il paraît improbable que le président du MLC, principale parti d'opposition congolais, soit libre au moment du scrutin, prévu en novembre 2011. L'avenir politique de Jean-Pierre Bemba semble donc des plus compromis : difficile d'envisager une liberté provisoire plusieurs fois réfusé, le leader du MLC risque donc de regarder les élections dans sa cellule de La Haye. Plusieurs hypothèses sont toutefois évoquées : la candidature d'un Bemba "prisonnier", le sénateur congolais pouvant se présenter du fond de sa cellule en espérant gagner le scrutin et forcer la main de la CPI pour le libérer. Mais l'hypothèse est très risquée et pas forcement légale. Deux autres possibilités s'offrent ensuite au MLC : la présentation de François Muamba (avec de faibles chances de faire un bon score) et enfin l'arrivée d'un candidat "surprise". Le récent rapprochement entre Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe montre qu'il peut y avoir un "ticket" Bemba-Kamerhe au premier ou au second tour afin de former une coalition anti-Kabila solide. En attendant le "chairman" doit déjà se sortir d'un procès difficile, voulu comme exemplaire par la communauté internationale.

jeudi 18 novembre 2010

RDC : L'échec de la solution militaire

Depuis plus de 10 ans, l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de guerres à répétition avec son cortège de massacres et de réfugiés. En 2009, Kinshasa et Kigali décident de mener des opérations militaires communes pour pacifier la zone. Plus d'un an après, l'International Crisis Group (ICG) dénonce l'échec de ces opérations armées et prône une nouvelle "approche basée sur un dialogue transparent".
Dans son dernier rapport sur la RD Congo, l'International Crisis Group affirme qu'un "plan de résolution du conflit au Kivu consistant à privilégier la solution militaire s'avère être un échec". Le rapport estime que "deux années après le début du rapprochement entre le président congolais Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame, les soldats congolais sont encore aux prises avec des miliciens pour le contrôle des terres et des zones minières".
L'ONG note que "l'approche actuelle doit être réévaluée et élargie afin d'impliquer toutes les communautés locales et préparer l'avenir de la région en instaurant un dialogue transparent, notamment avec les pays voisins" (Rwanda, le Burundi et l'Ouganda). "Les limites de l'approche politico-militaire actuelle sont atteintes", affirme le directeur du projet de l'ICG, Thierry Vircoulon. Le rapport préconise une nouvelle approche du conflit, car "sans une nouvelle stratégie, le risque d'affrontements interethniques, de désintégration de l'armée nationale et de déstabilisation régionale deviendra de plus en plus élevé".

RDC : 21 morts dans une attaque FDLR

Au Nord-Kivu, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), une embuscade des rebelles hutus des FDLR a fait 21 morts... tous civils. Radio Okapi indique qu'un véhicule de commerçants de la région de Walikale a été pillé par des miliciens FDLR, avant de tuer tous les occupants.
Image 3.pngDes centaines de viols systématiques et de violentes attaques rebelles ont frappé le territoire de Walikale ces derniers mois. Les Nations-Unies ont déjà fait état de 303 civils violés entre le 30 juillet et le 2 août 2010. L'embuscade des commerçants à Mungazi montre une fois de plus que la situation sécuritaire dans l'Est de la RD Congo est loin d'être sous contrôle, tant des aurorités congolaises que des casques bleus de la Monusco.
La présence des rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) constitue le premier facteur de déstabilisation à l'Est de la République démocratique du Congo. Les racines de ce mouvement sont les conséquences du génocide rwandais de 1994. Les FDLR se composent d’anciens membres de l’armée du président rwandais Juvénal Habyarimana (FAR) et de miliciens Interahamwe. Après avoir été mis en déroute par les soldats du président Paul Kagamé à la suite du génocide, ils s’étaient regroupés en RDC pour fomenter une reprise du pouvoir à Kigali, en formant un groupe armé qui a finalement donné naissance aux FDLR. L’ancien président congolais Laurent-Désiré Kabila a conclu une alliance avec les FDLR pour lutter contre l’influence de Kigali dans l’est du Congo après 1998 et certains membres ont intégré son armée. Mais Joseph Kabila, son fils, aujourd’hui à la tête de l’Etat congolais, a autorisé les troupes rwandaises à pénétrer en RDC en 2009 pour traquer les FDLR. Selon les estimations des sources du secteur onusien de la sécurité, les FDLR comptent aujourd’hui 3 000 hommes, contre 6 000 en 2009.

dimanche 7 novembre 2010

RDC : Quel avenir pour Laurent Nkunda ?

A la tête de quelques milliers de soldats dissidents, le général déchu tutsi congolais Laurent Nkunda a défié pendant des années le pouvoir de Kinshasa, qu'il accuse de discrimination contre ses "frères" de la minorité tutsie en République démocratique du Congo (RDC). Après un brusque retournement d'alliance, cet ancien allié de Kigali en RDC est arrêté le 23 janvier 2009 par l'armée rwandaise et détenu en résidence surveillée à Gisenyi au Rwanda. La République démocratique du Congo demande son extradition, mais le Rwanda refuse pour le moment de livrer l'encombrant général congolais détenteur de beaucoup trop de secret sur le régime de Paul Kagame.

A tout juste 40 ans, Laurent Nkunda, un homme mince et élancé, au visage émacié, mène une guerre d'usure contre une armée régulière en pleine restructuration, qu'il a souvent mise en déroute et qu'il accuse de connivence avec les rebelles hutus rwandais génocidaires de l'Est de la RDC. Nous sommes en 2007, le général rebelle fait la une de la presse internationale... dans moins de 2 ans, sa rébellion sera stoppée nette par son allié de toujours : l'armée rwandaise de son ex mentor, Paul Kagame.

Car, comme beaucoup d'autres Tutsis congolais, il a commencé sa carrière militaire dans les rangs du Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion tutsie du Rwanda) qui mis un terme en juillet 1994 au génocide perpétré par le régime hutu de Kigali. Après deux ans au sein de l'armée rwandaise, il rejoint au Zaïre voisin la rébellion conduite par Laurent-Désiré Kabila (père de l'actuel chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila) qui destitue le dictateur Mobutu en 1997,avec l'appui de l'armée rwandaise.

En 1998, alors que Kabila père a rompu avec ses anciens alliés, Nkunda devient l'un des commandants du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), une rébellion soutenue par Kigali pendant le conflit régional qui secoue l'ex-Zaïre jusqu'en 2003. Interrogé sur ses liens avec Kigali, Nkunda affirme avec ironie: "Mais nous sommes tous des soldats de l'armée rwandaise, (Joseph) Kabila aussi", rappelant que l'actuel président a été "formé dans le maquis" par James Kabarebe, chef de l'armée rwandaise. Il dément tout appui militaire de Kigali, bien que nombre de ses hommes - estimés à 5.000 par l'ONU - portent un uniforme rwandais et soient équipés d'appareils de communication dernier cri.

Après la guerre, alors que le RCD intègre le gouvernement de coalition à Kinshasa, Nkunda est promu général, mais refuse de prendre son poste, dénonçant une réforme de l'armée fantaisiste ne permettant pas "la réconciliation nationale" promise. "Je n'ai pas choisi de faire la guerre. A l'origine, je devais être infirmier, mais je dois répondre à l'appel des populations menacées", affirme cet enfant du pays, né le 2 février 1967 à Mirangi (Nord-Kivu).

Les années rebelles

C'est en juin 2004 qu'il fait trembler la République pour la première fois en s'emparant brièvement de la capitale du Sud-Kivu, Bukavu, où il affirme défendre ses "frères" tutsis. Déchu de l'armée, il est visé depuis septembre 2005 par un mandat d'arrêt pour des crimes de guerre perpétrés par ses hommes à Bukavu. "Je me battrai tant que les Interahamwe (extrémistes hutus rwandais) seront ici", répète-t-il, se défendant d'oeuvrer à une partition du Congo, débouché naturel pour un Rwanda surpeuplé et pauvre en minerais. "Il y a quelque chose de mystique chez lui. Il est entouré des pires assassins, recrute sans vergogne des enfants, mais est très croyant et est persuadé d'avoir une mission", affirme un expert de la région.

Après les élections de 2006 en République démocratique du Congo (RDC), Nkunda tente une nouvelle fois de déstabiliser l'Est de la RDC. En décembre de la même année, le Burundi l'accuse, ainsi que James Kabarebe (maintenant ministre de la défense du Rwanda) et Salim Saleh, d'avoir fomenté une tentative de coup d’État au Burundi.

2007, l'année de tous les dangers

Le 18 janvier 2007, Nkunda annonce pourtant que ses hommes ont commencé à rejoindre les rangs des forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à la suite de négociations menées à Kigali, au Rwanda. Néanmoins, la première moitié de 2007 se caractérise par de nombreux combats à l'Est forçant des dizaines de milliers de civils à prendre la fuite. Laurent Nkunda accepte finalement de "brasser" ses troupes avec les troupes gouvernementales. Les accusations d’occupation de l’Est de la RDC, de pillages de ses ressources et de tentative de déstabilisation du Gouvernement de la République démocratique du Congo s’amplifient de plus en plus durant la première moitié de 2007.

La tension monte encore d’un cran en mai 2007 lorsque Nkunda menace de retirer ses soldats des rangs de l'armée nationale, lorsque la MONUC dénonce publiquement la présence de troupes rwandaises et ougandaises en RDC. Début décembre 2007, une très importante offensive gouvernementale encadrée par la MONUC est lancée contre Nkunda à Mushake et contre son fief. Elle se solde en une dizaine de jours par une sévère déroute et des milliers de morts dans les rangs des troupes gouvernementales congolaises. La MONUC a été accusée d'avoir fait défaut aux troupes gouvernementales. Laurent Nkunda inquiète sérieusement Kinshasa.

2008, Nkunda aux portes de Goma
Le 26 août 2008, Laurent Nkunda lance une nouvelle offensive qui lui permet d'agrandir la zone qu'il contrôle dans le Nord-Kivu et d'amener ses troupes à quelques kilomètres de Goma à fin octobre. L'armée congolaise ayant abandonné la ville, la Monuc n'a pas pu lancer de contre-offensive : son mandat est d'appuyer les autorités officielles congolaises dans leurs efforts pour rétablir leur contrôle sur le territoire national, mais pas de contrer une opération rebelle en soi. Nkunda a cependant renoncé à prendre la ville et a déclaré le 29 octobre un cessez-le-feu unilatéral puis demandé l'ouverture de négociations à Kinshasa.
Le 23 janvier 2009, l'inspecteur général de la police de la République démocratique du Congo annonce l'arrestation de Laurent Nkunda la veille au Rwanda ; le général déchu avait franchi la frontière alors qu'une opération conjointe des forces congolaises et rwandaises reprenaient le contrôle du territoire conquis par le CNDP avant qu'une faction anti-Nkunda ne décide de se rallier au gouvernement de Kinshasa. Laurent Nkunda avait en effet été démis de ses fonctions par un de ses subalternes le 5 janvier, ce qui avait entraîné une scission du CNDP. Depuis lors, Nkunda attend toujours d'être jugé par son allié d'hier... en vain. Le général rebelle est devenu très gênant par Kinshasa comme pour Kigali et le status quo arrange tout le monde... sauf Nkunda qui réclame un procès.

Evasion ?

Ce stratège protestant, marié et père de quatre enfants, savait qu'il "n'était rien sans l'appui de Kigali" et qu'il devrait un jour négocier un exil ou rendre compte pour les crimes de Bukavu et son implication dans la répression sanglante d'une mutinerie à Kisangani (nord-est) en 2002. Pour l'heure son avenir se résume à sa résidence protégée de Gisenyi... à une encablure de la RD Congo voisine.

Selon Joska Kaninda du journal le millénaire, "beaucoup pensent que pour contenter la communauté tutsi et assurer la surveillance des frontières congolaises, le président Kagame aura toujours besoin du soutien de Laurent Nkunda". Mais Nkunda ne peut pas rester pas éternellement en prison.

"Ce tutsi congolais jouit d’une certaine estime de la communauté tutsi de par le monde en plus que ses avocats ne cesseront pas de multiplier des pressions pour obtenir son élargissement. A plusieurs reprises Laurent Nkunda a décliné l’offre d’aller dans un exil doré. Il n’est donc pas exclut que son évasion soit organisée pour qu’il se retrouve à nouveau à l’Est du Congo pour faire le bouchon contre les FDLR" conclut Joska Kaninda.
Christophe Rigaud

samedi 6 novembre 2010

Meurtre de Chebeya en RDC: le chef de la police pas poursuivi, "déni de justice"

L'ONG congolaise la Voix des sans voix (VSV) a dénoncé un "déni de justice" après le renvoi du dossier du meurtre à Kinshasa du défenseur des droits de l'homme Floribert Chebeya Bahizire devant une cour militaire qui ne peut juger le chef de la police, "suspect numéro un" selon la VSV.

Meurtre de Chebeya en RDC: le chef de la police pas poursuivi,

"Le transfert du dossier devant le cour militaire signifie que seuls les autres suspects (...) comparaîtront devant cette juridiction alors que des plaintes et autres éléments ont été mis à charge" du chef de la police, le général John Numbi, "suspect numéro un", écrit la VSV dans un communiqué cité par l'agence de presse associée (APA), reçue vendredi à Bruxelles. Le général Numbi "n'est pas justiciable devant la cour militaire", qui juge uniquement des officiers de grade égal ou inférieur à celui de colonel, contrairement à la haute cour militaire, regrette l'ONG en dénonçant un "déni de justice". Selon l'ONG, cinq policiers, arrêtés peu après le meurtre, devraient prochainement comparaître devant la cour militaire de la Gombe, le quartier chic de Kinshasa: le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux, deux majors et deux autres policiers. Le général Numbi a été suspendu dans le cadre de l'enquête. La VSV a réclamé une nouvelle fois son arrestation.

mercredi 3 novembre 2010

Exploitation illégale des minerais: les FARDC et les FDLR pointées du doigt

 

Un nouveau rapport commandé par l’Union européenne indique que les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) exploitent illégalement les ressources minières dans une partie de l’Est de la RDC. Ce rapport porte sur l’exploitation minière et le commerce des minerais au Kivu, au Nord Katanga, au Maniema et dans les territoires de Mambasa et de Bafwasende en Province orientale. La situation est grave dans le territoire de Bafwasende en province orientale affirme ce rapport.

Ce document traite des ressources minières de la zone, il présente les principaux sites d’exploitation et se focalise sur les violations des droits de l’homme et l’implication des groupes armés ainsi que de l’armée nationale congolaise dans l’exploitation des zones minières.

L’armée congolaise, certains hommes d’affaires et des politiciens tirent de gros bénéfice du commerce illégal des minerais, surtout à Bafwasende indique-t-on dans ce document.

Steven Spittaels, auteur de ce rapport affirme: « Il y a une présence assez forte des services de sécurité et dans certains coins il y a aussi une implication dans les activités minières notamment à Bafwasende où la situation est plus visible.»

Le rapport accuse également les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) des mêmes activités illégales au Nord Katanga et au Maniema.

Pour le Nord Katanga, le rapport précise que ce sont les FARDC qui réalisent des profits dans plusieurs autres sites de grande ampleur. Le rapport sera officiellement publié à Anvers en Belgique au début du mois de novembre 2010.

Le commandant de la 9è région militaire estime que ce rapport ne correspond pas à la vérité. Interrogé à Kinshasa par la radio onusienne Okapi, le général Jean-Claude Kifwa a déclaré: « Depuis notre avènement à la 9ème région militaire la situation s’est beaucoup améliorée. Je comprends bien ce qui se passe dans le territoire de Bafwasende parce que nous avons le parc de la Maïko. Ce parc touche trois provinces , il y a la province du Maniema et il y a aussi la province du Nord Kivu et c’est une zone opérationnelle parce que il y a les groupuscules Maï Maï, réfractaires au processus de brassage, qui continuent encore à semer la mort et la désolation dans ce secteur.»

Ces Maï Maï et quelques Congolais de la contrée exploitent illégalement les minerais, a-t-il poursuivi.

« Depuis que les FARDC ont pris le contrôle, ces cas d’exploitation illégale ne sont plus signalés », a déclaré le général Kifwa.

Kinshasa, 29/10/2010 (Okapi/MCN, via mediacongo.net)

Complexité de la gouvernance des ressources minières

Congo-Kinshasa: Nord-Katanga, Maniema et Ituri - International Alert préoccupée par la complexité de la gouvernance des ressources minières. Le gouvernement est appelé à faire de l'arrière-pays une priorité en y installant des comptoirs officiels pour améliorer la traçabilité de l'exploitation minière et la transparence pour le suivi de celle-ci.
La production des minerais étant assez importante dans les provinces voisines de deux Kivu. C'est l'une des recommandations de la table ronde de « La complexité de la gouvernance des ressources minières : analyse du secteur minier dans les provinces voisines de deux Kivu » organisée, hier mercredi 27 octobre, au restaurant Le Gourmand du Cercle de Kinshasa par l'ONG britannique International Alert.
Le directeur de l'International peace information service (Ipis), Steven Spittaels, qui a présenté les résultats de cette recherche financée par l'Union européenne, a également fait savoir qu'entre autres recommandations, il s'agit, pour le gouvernement, de poursuivre notamment le programme de Désarmement, démobilisation (DDR) des combattants dans la vie sociale ; et de responsabiliser davantage les provinces pour la gestion des minerais ; et de doter les provinces productrices des minerais d'une coordination régionale pour échange d'informations.
A signaler que les résultats de cette recherche répondent à trois objectifs, à savoir identifier les mines les plus importantes de l'arrière-pays de l'Est de la RDC et leurs routes commerciales ; d'analyser les réseaux commerciaux au sein du secteur minier et leurs liens avec les acteurs militaires, économiques et politiques dans l'Est de la RDC ; et analyser les réseaux commerciaux d'exportation qui passent par les centres régionaux des pays voisins ». Ce, en vue d'endiguer, entre autres, la fraude douanière et l'évasion fiscale. L'Etat congolais enregistrant un manque à gagner considérable.
L'International peace information service a, dans sa conclusion, fait valoir que tous les minerais en provenance du Nord-Katanga, de la province du Maniema et du district de l'Ituri (Mambassa) dans la Province Orientale transitent dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu avant d'être exportés. Cette ONG a noté aussi la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) au Nord-Katanga et au Maniema.
Où ils ne contrôlent pas les sites miniers, mais s'adonnent à des exactions à l'endroit de la population civile et brûlent les maisons. Ils sont devenus des coupeurs de route et se font payer des taxes.
Quant aux Forces armées de la RDC, elles sont aussi présentes en grand nombre dans les carrés miniers. Elles forcent des jeunes gens à travailler pour leur compte.
Pour leur part, quelques groupes Maï-Maï sont encore opérationnels. La situation est pire à Bafwasende dans la Province Orientale. IPIS fait observer que les enquêteurs n'ont pas pu avoir accès aux sites miniers bien gardés par des hommes en uniforme.
L'ORGANISATION ECONOMIQUE DES GROUPES ARMES
Une autre recherche complémentaire a été menée principalement au Sud-Kivu par l'Observatoire gouvernance et paix (OGP) basée à Bukavu. Lequel a mené une enquête sur « L'organisation économique des groupes armés étrangers et nationaux au Sud-Kivu pendant l'Opération Amani Leo ». Pour le directeur de cette ONG nationale, Eric Kajemba, présentateur des résultats, l'identification des groupes armés, prendre connaissance de leurs moyens de subsistance, l'identification de leur mode d'approvisionnement en armes et vivres constituent, entre autres, les objectifs de cette étude. Dont les grandes lignes comprennent l'exploitation des carrés miniers par des groupes armés qui s'effectue sous la protection des officiers des FARDC basés localement et à Kinshasa.
Il s'agit aussi de la coalition entre des groupes Maï-Maï et les FDLR ; de la recherche effrénée d'argent par les FARDC, de la question de l'autorité de l'Etat qui se pose avec acuité ; de l'impact négatif de la suspension de l'exploitation et de la commercialisation des minerais au Sud-Kivu, au Nord-Kivu et dans le Maniema. Cela avec la recrudescence du banditisme urbain, la hausse du taux du dollar américain par rapport au Franc congolais et celle des produits de première nécessité.
Propositions : moderniser l'armée et la sécurité, mettre fin à l'impunité, parvenir à la traçabilité de l'exploitation minière, permuter régulièrement les militaires et leur payer une solde pouvant leur permettre de nouer les deux bouts du mois, lever la mesure de suspension invoquée ci-haut et encourager les exploitants artisanaux à s'organiser en coopératives

mercredi 27 octobre 2010

Le Soir et son éditeur apportent leur soutien à leur journaliste Colette Braeckman

Depuis quelque temps déjà, nous avons dû constater sur Internet, dans des sites, mails et blogs, une prolifération de propos durs, injurieux et diffamatoires envers notre journaliste Colette Braeckman, au départ d’une lecture totalement contraire aux contextes et aux termes utilisés dans ses articles.
Les intentions des auteurs de ces diatribes biaisées sont clairement d’intimider notre journaliste et de la discréditer auprès des acteurs de la vie politique congolaise et de la presse internationale. Contrairement à ces ragots diffamatoires, Madame Colette Braeckman ne fait l’objet d’aucune mise en cause, ni de ses confrères et consoeurs ou de leurs organisations professionnelles, ni des conseils déontologiques, ni d’aucune autre institution quelconque.

La ligne rédactionnelle du journal Le Soir est de rapporter en toute objectivité les faits même les plus graves qui font l’actualité. Le journal déplore systématiquement tous les conflits et toutes les morts qui ont marqué l’histoire et endeuillent encore l’actualité du Congo. Les membres et les dirigeants de notre rédaction sont témoins tous les jours que Madame Colette Braeckman fait preuve de la plus grande objectivité dans la relation des multiples situations compliquées et graves de la vie congolaise.

Il est donc totalement inacceptable pour nous que des personnes irresponsables poursuivent la diffusion d’affirmations totalement fausses, allant jusqu’à l’accuser d’appel au meurtre, qui n’ont aucun fondement ni aucune argumentation. Nous ne le souhaitons pas vraiment, mais au cas où ces personnes ne cessaient pas leur campagne diffamatoire, nous n’hésiterons plus à les poursuivre en justice, tant au plan pénal qu’en dommages et intérêts.

Béatrice Delvaux
Rédactrice en chef

Philippe Nothomb
Conseiller juridique du Groupe Rosse

 

Commentaires : c’est par ce principe que Radio Kigali (milles collines) a commencé l’incitation à la haine et que les massacres s’en sont suivis.

Colette Braeckman est, à ma connaissance, la seule journaliste qui fournit des informations les plus justes, même si cela dérange certaines personnes par leurs vérités.

mardi 26 octobre 2010

Affaire Zoe Kabila et réponse à un mauvais procès

L’ « affaire Zoe Kabila » qui avait commencé lorsque les membres de la garde républicaine, chargés d’assurer la sécurité du frère du chef de l’Etat, s’en étaient pris mardi dernier à des agents de police, qui réglaient la circulation à la hauteur du rond point Socimat, s’est terminée par la mise aux arrêts des militaires et l’ouverture d’une enquête. Quant aux policiers, ils récupèrent des coups et blessures et, d’après les médecins, leur état s’améliore.
La conclusion judiciaire qui sera donnée à cette affaire suffira-t-elle à dissiper le malaise ?
Beaucoup de questions restent posées à Kinshasa : pourquoi le frère du chef de l’Etat, qui n’occupe pas de position officielle, est il considéré et traité comme une personnalité importante ? Pourquoi la garde républicaine, sorte de corps d’élite affecté à la sécurité du président et des institutions, peut elle se permettre de rosser d’importance des agents de police, dont le seul tort était d’avoir tenté de maîtriser la circulation sur le boulevard du 30 juin ? Pourquoi les véhicules officiels, qui traversent la ville à toute vitesse, doivent ils obliger automobilistes et piétons à se ranger en hâte sur les bas côtés, au risque d’être bousculés sinon pire encore ?
Tout cela fait mauvais effet, rappelle les heures sombres du mobutisme, où les Hiboux de sinistre mémoire et les sbires de la DSP (division spéciale présidentielle) n’hésitaient pas à terroriser les opposants et agissaient comme si les lois de la république ne s’adressaient pas à eux

RDC: La MONUSCO attaquée

Samedi soir, la base de l'ONU de Rwindi, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) a été attaquée selon toute vraisemblance par des rebelles Maï Maï. 8 miliciens congolais seraient morts dans l'attaque.

Une cinquantaine de miliciens Maï Maï s'en est pris à la base de l'ONU à Rwindi dans la province du Nord-Kivu (RDC). Les rebelles cherchaient à pénétrer de force dans l'enceinte de la base des casques bleus.
Selon la MONUSCO, l'attaque a fait huit morts et deux blessés parmi les rebelles, très probablement appartenant à une milice Maï Maï. Ce n'est pas la première attaque contre une base de l'ONU en RD Congo, le 18 août dernier , trois Casques bleus indiens avaient été tués à l'arme blanche par une soixantaine de miliciens Maï-Maï, dans le Nord-Kivu.

vendredi 22 octobre 2010

Des policiers brutalisés par la garde républicaine

Kinshasa, rond point Socimat, sur le Boulevard du 30 juin. L’un des carrefours les plus animés de la ville, où des policiers de roulage, quasi asphyxiés par les gaz d’échappement, tentent vaillamment de canaliser une circulation chaotique. C’est là que, vers 16 heures mardi dernier, une voiture escortée par la Garde républicaine surgit en trombe, en tente de se diriger vers Kintambo. Essayant de faire passer des véhicules se pressant cers le centre ville, les policiers stoppent la voiture officielle dans laquelle se trouve M. Zoe Kabila, le frère cadet du chef de l’Etat. Aussitôt, les gardes bondissent de la voiture, se ruent sur les malheureux policiers, les rouent de coups, tirent en l’air plusieurs coups de feu. Des témoins (qui nous appellent pour relater l’évènement, quasi en direct) nous assurent même qu’un policier a été blessé, sinon tué par balles et que, sur le rond point, l’émotion des automobilistes le partage à l’indignation.
Par la suite, il apparaîtra que deux des policiers, grièvement blessés, ont été admis dans un centre médical situé sur le boulevard et sont privés de toute visite, que deux autres, légèrement blessés, ont été amenés au camp Lufungula où ils ont comparu devant un officier de police judiciaire. Par contre, aucune sanction n’a été prise contre les éléments de garde républicaine, qui ont manifestement abusé de leur pouvoir, ni contre le frère du président, qui n’a pas modéré ses hommes.
Pour les Kinois qui ont assisté à cette scène brutale, comme pour tous ceux qui en ont été informés par la suite, la conclusion est claire : si le président ne sanctionne pas fermement les bavures et les abus commis par ceux qui se réclament de lui, il n’aura même pas besoin d’opposant sérieux lors de la prochaine campagne électorale, le comportement de ses proches aura suffi à le discréditer.

Comme on peut le voir, rien ne changera jamais.

Je me rappele, du temps de Mobutu, les opposants étaient liquidés à hauteur de Chanimetal, puis jetés dans le fleuve.

Démocratie ….à l’Africaine !!!

lundi 18 octobre 2010

RDC : Guerre imminente au Nord-Kivu ?

Le Groupe d'Associations de Défense des Droits de l'Homme et de la Paix (Gadhop) tire la sonnette d'alarme sur la dégradation de la situation sécuritaire au Nord-Kivu, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Ces associations notent de nombreuses défections dans l'armée régulière (FARDC) de membres de l'ex rébellion du CNDP de Bosco Ntaganda. Le Gadhop dénonce une tentative de retour à la guerre imminente au Nord-Kivu.
DSC02372bois.jpgDans un récent communiqué, le Gadhop s'inquiète "d'un mouvement généralisé de défection dans l’armée nationale (FARDC) des membres du CNDP (Congrès National de défense du Peuple) de Bosco NTAGANDA que la Société civile du Territoire de Lubero et le GADHOP dénoncent aujourd’hui comme une tentative de retour à la guerre."
Le Groupe d'Associations de Défense des Droits de l'Homme et de la Paix affirme également "de sources sûres, de la tenue d’une réunion clandestine le vendredi 08 et samedi 09 octobre 2010 à Bunagana par une coalition ethnique Hutu-Tutsi pour la préparation d’une nouvelle guerre." Le Gadhop note enfin que "l’Est du pays étant sous le contrôle quasi-total du CNDP, de Kalemie en Ituri, dont l’intégration dans l’armée nationale a été une simple insertion dans les rangs sans la moindre formation idéologique, tout ceci au nom de la paix, il suffirait d’un coup de sifflet pour voir tous ces territoires de l’Est de la République Démocratique du Congo tomber dans un autre camp."
Ces associations demandent donc "de mettre hors d’étant de nuire les dissidents au processus de paix à l’Est de la République démocratique du Congo."

samedi 16 octobre 2010

Bruits d’orage sur les grands lacs

Alors que les averses ponctuent chaque après midi, les habitants de Bukavu en sont convaincus : « après la sécheresse, les femmes nous ont apporté la pluie ». Ils espèrent aussi que l’orage n’éclatera pas après la fin de la réunion internationale. Car les bruits de bottes se font à nouveau entendre : au Sud Kivu, plusieurs centaines de rebelles hutus burundais se sont réfugiés dans les montagnes et auraient retrouvé leurs anciens alliés hutus rwandais ainsi que des rebelles congolais.
Au Nord Kivu, des remous agitent l’armée congolaise : les anciens soldats et officiers du général Laurent Nkunda, des combattants tutsis qui avaient rejoint les forces gouvernementales après que leur chef ait été arrêté et mis en résidence surveillée au Rwanda, s’opposent à une décision de l’état major. Ils refusent de quitter leurs bastions du Kivu et de rejoindre d’autres unités à travers le pays, menaçant de changer de camp, sinon d’entamer une nouvelle rébellion. Or ces hommes, issus de l’ancien CNDP (Conseil national pour la paix et le développement), se trouvent en première ligne dans les combats contre les rebelles hutus des FDLR (Forces de défense pour la libération du Rwanda) que Kinshasa, en accord avec Kigali, veut forcer à regagner le Rwanda, des hommes qui sont accusés des pires exactions contre les populations congolaises. Une mutinerie ou des défections au sein des FARDC (forces congolaises) déstabiliserait le Nord, mais aussi le Sud Kivu, d’autant plus que les unités militaires sont établies à proximité des carrés miniers dont elles contrôlent souvent l’exploitation.
En outre, une décision radicale prise par le président Kabila sème le trouble : désormais l’exploitation minière est interdite au Nord et au Sud Kivu ainsi que dans le Maniéma, le temps pour les autorités de mettre de l’ordre dans le secteur. Les opérateurs économiques, qui avaient préfinancé les exploitants miniers, sont furieux et encombrés par leurs stocks. Mais surtout, des milliers de « creuseurs » qui, au quotidien, tiraient leur subsistance des mines de cassitérite, d’or, de coltan, sont réduits à l’inactivité.
Beaucoup d’entre eux pourraient être tentés de revenir à l’autre activité lucrative de la région : reprendre les armes, rejoindre l’un ou l’autre groupe armé et recommencer

Congo: l'armée maltraite des civils, dénonce l'ONU

NEW YORK, États-Unis - Les troupes gouvernementales de la République démocratique du Congo violent, tuent et pillent les biens des civils dans l'est du pays, dans la même région où des milices ont perpétré des viols collectifs il y a deux mois, a déclaré jeudi l'envoyée spéciale des Nations unies dans le pays.
Margot Wallstrom, responsable des initiatives de l'ONU visant à combattre les violences sexuelles dans le conflit, a déclaré au Conseil de sécurité que les casques bleus avaient reçu des informations au sujet de viols, de meurtres et de pillages par des membres de l'armée congolaise.
La possibilité que les mêmes communautés qui ont été brutalisées en juillet et en août par les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les milices Maï-Maï soient désormais maltraitées par les troupes gouvernementales est «inimaginable et inacceptable», a affirmé Mme Wallstrom.
Après les viols collectifs de l'été, le président congolais Joseph Kabila a décrété un moratoire sur les activités minières dans la région et a envoyé sur place des milliers de soldats pour réaffirmer le contrôle du gouvernement.
Mme Wallstrom s'est dite extrêmement préoccupée par les opérations militaires en cours dans la région de Walikale et par leurs conséquences possibles sur la protection des civils.
Elle a exhorté le gouvernement congolais à enquêter sur ces allégations et à déployer la police nationale dans la région pour protéger les civils et les enquêteurs. Elle a ajouté avoir demandé à la force de maintien de la paix de l'ONU de surveiller la situation et de faire un rapport quotidien sur les viols et les autres violences sexuelles dans la région.
Mme Wallstrom a aussi appelé les Nations unies à imposer des sanctions contre un commandant rebelle rwandais qui serait impliqué dans les viols collectifs commis sur plus de 300 personnes dans l'est du Congo.
Elle a proposé de fournir au Conseil des preuves montrant que le «lieutenant-colonel» Serafim, des FDLR, était l'un des commandants présents lors des viols collectifs qui ont eu lieu entre le 30 juillet et le 2 août dans la région de Walikale.
Selon les Nations unies, 303 civils - 235 femmes, 13 hommes, 52 filles et 3 garçons - ont été violés dans 13 villages.
Mme Wallstrom a estimé que les viols collectifs dans la région montraient qu'il existe un lien entre l'exploitation illégale des ressources naturelles par des groupes armés et les violences sexuelles.
En conséquence, a-t-elle dit, ces viols devraient faire l'objet d'une enquête «sous l'angle de la compétition des intérêts miniers en tant que cause profonde du conflit et des violences sexuelles».
Elle a encouragé les pays d'Europe et d'ailleurs à promulguer des lois exigeant des entreprises qu'elles révèlent si leurs produits contiennent des minéraux du Congo.

jeudi 14 octobre 2010

RDC : Pression maximum autour de Bosco Ntaganda

La situation devient plus en plus embarrassante pour le gouvernement congolais, sommé par Human Rights Watch de procéder à l’arrestation de Bosco Ntaganda. Ce général de l'armée congolaise tombe en effet sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Depuis janvier 2010, Ntaganda a été impliqué dans l'assassinat d'au moins huit personnes, les arrestations arbitraires de sept autres personnes, ainsi que l'enlèvement et la disparition d'au moins une autre personne. Mais le gouvernement congolais refuse toujours de le livrer à la justice, prétendant que Ntaganda est nécessaire pour maintenir les anciennes troupes rebelles du CNDP intégrées au sein de l'armée congolaise... jusqu'à quand ?
772533361.jpgPour Human Rights Watch (HRW) : "il faut arrêter Bosco Ntaganda !". Dans une lettre au président Kabila, HRW affirme que l'impunité de Ntaganda n'est plus supportable :

"Ntaganda devrait être arrêté et tenu de répondre de ses crimes, au lieu d'être autorisé à se déplacer librement dans Goma », a déclaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior au sein de la division Afrique à Human Rights Watch. « Cet homme constitue une menace pour les habitants de l'est du Congo, et l'impunité dont il bénéficie tourne en dérision la politique de tolérance zéro du gouvernement congolais pour les atteintes aux droits humains. »
La majorité des personnes prises pour cible par Ntaganda sont des membres de la famille ou d'anciens partisans du chef rebelle Laurent Nkunda, évincé par Ntaganda en janvier 2009 de la direction des rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), avec l'aide des autorités militaires du Rwanda. Après s'être emparé de la direction du CNDP, Ntaganda a annoncé la fin de la rébellion. Il a affirmé qu'il intégrerait les troupes rebelles au sein de l'armée nationale congolaise, pour mener des opérations conjointes avec les forces armées rwandaises contre les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), groupe rebelle composé essentiellement de Hutus rwandais.
Ntaganda s'est assuré un poste de général dans l'armée congolaise. Le gouvernement congolais a indiqué qu'il n'exécuterait pas le mandat d'arrêt émis par la CPI contre Ntaganda dans l'intérêt du maintien de la paix, prétendant que Ntaganda est nécessaire pour maintenir les anciennes troupes du CNDP intégrées au sein de l'armée congolaise.
Le putsch de Ntaganda, ainsi que l'arrestation et la détention ultérieures sans chef d'accusation de Nkunda au Rwanda, ont profondément divisé le mouvement du CNDP. Un certain nombre de partisans de Nkunda se sont opposés à la direction de Ntaganda, même s'ils ont pris leurs nouvelles fonctions au sein de l'armée congolaise. D'autres civils et activistes sans liens avec le CNDP ont également été les cibles d'arrestations arbitraires et d'actes d'intimidation de la part de Ntaganda et de ses partisans, après avoir dénoncé les violations des droits humains commises par Ntaganda et appelé à son arrestation.
La participation de Ntaganda aux opérations militaires dans l'est du Congo cause en outre des problèmes importants pour la mission de stabilisation de l'ONU au Congo, la MONUSCO. Le 6 octobre, l'agence de presse Reuters a publié une interview exclusive de Ntaganda au cours de laquelle il confirmait jouer un rôle de premier plan dans les opérations militaires dans l'est du Congo, baptisées Amani Leo, et soutenues par les soldats de maintien de la paix de l'ONU.
La confirmation par Ntaganda de son rôle est corroborée depuis 2009 par des notes internes de réunions de l'armée, des ordres militaires signés et la confirmation de la part d'autres officiers de l'armée que Ntaganda leur donne des ordres. Le gouvernement congolais continue de nier que Ntaganda joue un rôle dans l'opération Amani Leo.
Selon la politique de conditionnalité adoptée par la MONUSCO fin 2009 pour appuyer les opérations militaires de l'armée congolaise, et d'après les avis juridiques des propres avocats de l'ONU, la MONUSCO ne peut pas soutenir une opération dans laquelle un individu visé par un mandat d'arrêt de la CPI joue un rôle prépondérant.
Le Bureau des affaires juridiques de l'ONU (Office of Legal Affairs, OLA) a donné en avril 2009 à la mission de maintien de la paix de l'ONU l'avis suivant : « Il y aurait aussi des obstacles juridiques importants à la participation de la MONUC à l'opération envisagée dans la Directive si Bosco Ntaganda devait jouer un rôle important dans cette opération, que ce soit en tant que commandant ou officier supérieur dans une ou plusieurs des unités des FARDC impliquées, ou comme officier d'état-major impliqué dans la planification ou l'exécution de l'opération ou de tout autre façon. »
Le Conseil de sécurité de l'ONU doit débattre de la question de la mission de maintien de la paix de l'ONU au Congo cette semaine à New York.
« La mission de l'ONU devrait fournir son soutien au gouvernement congolais pour arrêter Ntaganda, comme cela a été le cas pour d'autres auteurs d'atteintes aux droits humains, et suspendre d'ici là son soutien aux opérations Amani Leo », a conclu Anneke Van Woudenberg. « Sinon les soldats de maintien de la paix de l'ONU se trouveront dans une position intenable consistant à soutenir un criminel de guerre présumé recherché par la CPI.
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